Monday, October 05, 2009

Dimanche soir


Dernière bouffée d'absolu avant la noyade du quotidien. J'ai bien du mal à partager la sérénité de ces instants à contempler ce genre de scène. J'y vois l'aspiration radicale vers un idéal, où le jaunâtre trop humain se veut happé par l'immaculée blancheur de l'astre. Incommensurable distance à en oublier qu'un mieux brille quelque part, je révère ce moment jusqu'à ce que des tâches médiocres souillent ma mémoire. Ne reste alors qu'une poignée de photographies, reliquats d'une extase passée.

Sunday, October 04, 2009

Vol de nuit







Quelques photographies d'une nuit de pleine lune à Woonsock*et. Il m'est difficile d'exprimer combien j'aime ces moments où la lumière jaune des réverbères éclabousse ces pavillons d'Américains moyens. Une scène banale de jour se sublime sous un éclairage trouble, sale : l'esthétique de la noirceur entre en résonance avec mon vague à l'âme.

Le quartier est peu sûr et déambuler dans un quartier désert, le ventre serré par la peur des mauvaises rencontres, me rappelle ces soirs de pénurie de drogue où, à la nuit tombée, j'effectue ma tournée des entrées d'immeuble en quête d'un peu d'oubli. Je ressens alors un mélange d'appréhension et d'excitation face à un danger peu probable, une ivresse soudaine m'envahit.

Une fois rentré chez moi, j'éprouve le même apaisement qu'à la suite d'un récital de chant lyrique : le contact avec une certaine forme d'art lave les âmes les plus troublées et ne subsiste alors que la plénitude d'avoir entraperçu une réalité qui me dépasse.

Tuesday, August 25, 2009

De passage


Il est des soirs où j'essaie de mettre en perspective les miettes éparses qui forment mon quotidien et j'ai récemment pris conscience du plaisir de ces errances.

Mon travail me conduit à un nomadisme, une oscillation entre diverses villes marquées par des cultures disparates. Aux US, mon appartement change, celui avec lequel je le partage également. J'ai pris l'habitude de vivre dans un environnement impersonnel, au mobilier au mieux standardisé, au pire obsolète. Je suis incapable de savoir où demain me trouvera, je suis de passage.

Mes relations proches se sont effritées pour céder place à des contacts, autant d'avatars qui habillent ces journées anonymes. Ces rapports sont cordiaux, j'en tire de la gaieté ; cependant ces échanges sont sans âme, ils ne font que suivre le cours de mes déplacements. Éphémères, ils tiennent de l'insecte sa longévité et son poids.

Je goûte ce flottement, ces chemins foulés en l'absence de traces. Je prends plaisir au dépouillement affectif de ces instants. J'éprouve en effet le sentiment similaire à de longues journées de jeûne où la désincarnation rend euphorique par la légèreté qu'elle procure.

Les écueils du quotidien se dédramatisent d'eux-mêmes, ils n'ont pas de sens. L'extérieur ne m'atteint pas car il n'est que fumée, vide. Je suis détaché de ces absurdités. Je me perçois toujours plus dense, je n'ai jamais été aussi vivant.

Je m'approche de la réalisation d'un vieux rêve, celui de me libérer de l'influence du contexte. Que de fois ai-je déploré avoir besoin d'un cadre qui conditionne mes états d'âme ! Je ne veux plus être dépendant d'un paysage pour m'émouvoir, d'un geste pour me sentir apprécié. Les enveloppes subjectives se fripent sous la distance de l'instant passager.

Au fond de moi, j'ai entendu l'aspiration à une liberté radicale, violente. Depuis que s'est rompu l'un des derniers fils qui chevillait mon âme à un Autre, j'ai conjuré le sida d'aimer.

Monday, August 10, 2009

Les travailleurs de la mer


Je viens d'achever Les travailleurs de la mer, un des premiers romans de Hugo que j'aie lus de part en part, poussé par une maturité dont l'absence a illuminé mon passé. Le précédent ouvrage de ma liste de lecture, dont les pages avaient accompagné mes longues heures à Woonsocke*t, a perdu de sa superbe face au verbe parfois assourdissant de l'auteur de Quatrevingt-Treize.

L'intrigue a pour cadre Guernesey, île britannique au large de la Normandie. Gilliatt, pour l'amour de Déruchette, part à la recherche du vaisseau de son oncle, échoué au milieu de rochers de Douvres. S'ensuit un combat épique entre les éléments et Gilliatt, point culminant et magnifique du roman. A son retour, il apprend que la femme, pour laquelle il avait offert sa vie, est aimée d'un autre homme à qui elle rend cet amour. Il n'a alors d'autre choix que de les laisser convoler vers un avenir radieux tandis que l'océan s'avère son ultime linceul.

La beauté de ce livre réside en l'extrême solitude de Gilliatt qui se transfigurera à travers son inclination pour Déruchette et dont la chute n'en est que plus brutale lorsqu'il constate que son aimée l'a délaissé. Sa passion pour elle est le moteur de chacun de ses actes, la trame de ses luttes contre l'océan, la source de son inextinguible pugnacité. Sans cela, il ne serait parvenu à relever ce défi inconscient que de ramener les pièces du navire. Son héroïsme s'avèrera vain face à l'irréprocité des sentiments de Déruchette. Son existence n'a alors plus de sens et la mort seule comble le gouffre qui dévaste son âme.

Amusant hasard de la lecture, je traverse les mêmes cieux que Gilliatt, d'où mon appréciation de ce roman. S'identifier à l'intrigue reste le meilleur moyen de s'y fondre, porté par le style somptueux de Hugo. Étonnamment, Les travailleurs de la mer se révèle un exutoire sain à ma morosité du moment, et c'est apaisé que j'en tournais les dernières pages.

Pour conclure, un extrait d'une description de Gilliatt.

La solitude fait des gens à talents ou des idiots. Gilliatt s'offrait sous ces deux aspects. Par moments on lui voyait "l'air étonné" [...] et on l'eût pris pour une brute. Dans d'autres instants, il avait on ne sait quel regard profond. L'antique Chaldée a eu de ces hommes-là ; à de certaines heures, l'opacité du pâtre devenait transparente et laissait voir le mage.

En somme, ce n'était qu'un pauvre homme sachant lire et écrire. il est probable qu'il était sur la limite qui sépare le songeur et le penseur. Le penseur veut, le songeur subit. La solitude s'ajoute aux simples, et les complique d'une certaine façon. Ils se pénètrent à leur insu d'horreur sacrée. L'ombre où était l'esprit de Gilliatt se composait, en quantité presque égale, de deux éléments obscurs tous deux, mais bien différents : en lui, l'ignorance, infirmité ; hors de lui, le mystère, immensité.

Bar

Il aura fallu passer un week-end morose, à se remémorer les récentes déchirures pour trouver dans un bar quelconque le havre propice à éponger mes émois. Accompagné d'un collègue, je poussais la porte d'un des seuls établissements de Woonsock*t où fumer est toléré. Pendant plus de six heures, nous y avons usé nos jeans, arrosant généreusement notre gosier d'un nectar peu alcoolisé.

Les rencontres dans ce genre d'endroit restent inoubliables. Je garderai longtemps en mémoire cette femme qui poussait la vulgarité en performance au point de montrer la poitrine aux quidams assoiffés. L'homme qui la suivait, s'empressait alors de téter goulument ces seins offerts à la vue de tous.

Quelques verres après, ce fut un canadien d'origine mongole qui nous régala, unique spécimen pro-français du voisinage. Après un hagiographie de Lafayette, nous commémorames les territoires hexagonaux désormais perdus : de la Nouvelle Orléans aux colonies africaines. Un comparse polonais s'effondra à nos pieds en hurlant des injures en espagnol.

Le cadre de tout ces effusions alcoolisées est un club. Dans le vocable américain, un club est un établissement où les entrées sont filtrées, ce qui n'empêche nullement les pires poivrots d'y pulluler. Une fois l'adhésion acquise, les membres profitent de réduction sur les boissons et participent à des loteries typiques dont les prix se révèlent des kilos de viande à steak ou des coquillages douteux.

Globalement, une excellente soirée dont la légèreté mit en perspective les tracas récents. J'en tire même davantage d'amitié pour mes coreligionnaires américains.

Thursday, August 06, 2009

Être


Effondrement de la conscience sous les assauts répétés de la dignité, je m'oublie vers l'idée de solitude. Le cri primal enjoint notre être à s'immiscer dans les miasmes irréels de l'esprit. Un mois me laisse compter les jours sans toi alors que s'anime vainement la foule des inopportuns, ces imbéciles qui se bornent à exister. Le quotidien s'habille de médiocre face aux propos du quidam car le verbe régit encore nos destinées : l'apparence saura rester digne que le moindre mot appauvrira son étoile.

J'aurai beau me perdre dans l'illusion de l'enfance, la glue puérile qui paralyse mille vies. Cette nostalgie porte les fragments de mort qui ravissent les sous-développés. Le conflit au réel, l'être, autant de confrontations à inscrire au fronton de nos établissements intimes.

Un déchirement est-il prolongé par le silence assourdissant qui s'ensuit, ainsi végète ma trajectoire, lasse envolée initiée par l'absence. Les maux s'incarnent, l'esprit est lâche. Certains relisent Burroughs, d'autres choisissent la voie de l'anathème. Finalement, une même trajectoire, des bras déboîtés vers un absolu théorique, l'espoir de te retrouver.


« L'inégalité des droits est la condition nécessaire pour qu'il y ait des droits. Un droit est toujours un privilège. Chacun, à sa manière, a également son propre privilège. Ne sous-estimons pas les privilèges des médiocres. Plus on se rapproche des cimes, plus la vie devient dure – le froid augmente, la responsabilité augmente. »


Nietzsche, L'antéchrist

Via

Tuesday, August 04, 2009

Coraline


Après une journée éreintante, je m'étais laissé à regarder Coraline. L'héroïne éponyme, une enfant, découvre un univers parallèle où son entourage, en premier lieu ses parents, semble dépasser ses attentes. Peu à peu, elle se rend compte qu'elle est prisonnière de cet univers idyllique, à la merci du double de sa mère. Au travers d'une lutte acharnée, elle parviendra à s'en émanciper et regagnera sa vie réelle.

J'ai été déçu par l'atmosphère de ce film, énième resucée du cinéma de Burton ; une apparition subreptice de Johnny Depp ne m'aurait pas surpris. Les réalisateurs auraient tort, en effet, de ne pas profiter d'un filon, une fois son succès révélé, au point d'en épuiser le thème et les spectateurs. Les technophiles apprécieront au moins la qualité des animations, critère de plus en plus prépondérant au vu des sorties actuelles.

Une fois les effets du scénario simpliste - quasi puéril - dissipés, j'ai peu goûté de la morale de ce film : Coraline prend conscience des dangers de l'idéalisation, de la perte du sens de la réalité, qui la projettent dans un espace de souffrance. D'univers parallèle à paradis artificiel, il n'y a qu'un pas, que ne franchira sûrement pas quiconque aura été touché par ce film. Le spectateur est enjoint à se contenter de sa vie présente, si imparfaite soit-elle. Nul artifice, psychotropes ou rêves ne sauraient embellir nos mornes existences.

Coraline découvre une dimension toute stoïcienne, propice à satisfaire les ayatollahs du réel. Vigny dans la conclusion de La mort du loup n'aurait pas fait mieux. Pour ma part, j'aspirais davantage à une évasion, fût-elle furtive, par l'image qu'à un leçon de chose, bien mal conduite.

Tuesday, July 28, 2009

Vers une certaine déchirure

Je profite de quelques excès liquides pour reprendre un thème récurrent à travers ce blog, l'expression de mes états d'âme. A ma décharge, je ne bénéficie désormais plus de l'exutoire qu'était ma relation à Fitz et j'espère qu'à force de l'écrire, d'y penser et d'en parler, je parviendrai à ôter de ma chair cette personne. Je m'interroge quant à la pérennité de ce blog tant dès ses débuts en 2005, ce support n'aura été pour moi qu'un moyen supplémentaire pour communiquer avec lui. Sa lassitude vis-à-vis de moi était telle que les textes déposés ici revêtaient un caractère moins intrusif que les mails, SMS ou autres appels téléphoniques dont, apparemment, je le submergeais.

Je tente en vain de me détacher de huit années où j'ai eu à cœur de construire une relation qui corresponde à mes canons. Je souhaitais partager quelque chose qui dépasse la simple proximité amicale et s'inscrive dans une esthétique plus élevée, une communion d'esprit qui apportât le terreau favorable au développement de chacun. Bien que je n'aime que par excès, avec l'attachement fusionnel qui en découle, j'essayais d'élaborer avec lui une œuvre belle, pleine de sens. Nos aspirations et personnalités respectives conduisaient à créer un lien inédit, loin des clichés répugnants de notre époque. La beauté n'excluait pas l'imperfection et mon désir rampant, que je m'efforçais de dompter, en est une illustration.

Ces quelques pas, ensemble, auront été beaux et je compte sur les défections de ma mémoire pour en idéaliser encore plus les détails. Reste à cicatriser des stigmates récemment apparus.

Monday, July 27, 2009

Restaurant thaï


La journée avait été éreintante : les problèmes techniques s'amoncelaient depuis la matinée, et avec eux croissait la colère du client. Les gens détestent les contrastes ; le lundi se doit de conserver les traces de la langueur du week-end et aucune difficulté ne peut percer. En particulier aux États-Unis où l'entertainment est une valeur primordiale : on pardonnera toutes les erreurs tant qu'un minimum de divertissement persiste. Si ce n'est plus le cas, tu en paieras les conséquences.

Aujourd'hui avait apporté son lot de désillusions à ces américains et ils nous avaient laissé entendre leur insatisfaction. Au lieu de noyer nos rancœurs dans un quelconque brevage malté, je proposai de dîner dans un restaurant thaïlandais. Mon karma devait être particulièrement sale ce jour-là car mon établissement favori était fermé et nous rabattîmes vers Thai Jasmine, un bouiboui de quartier.

De ma vie, je n'avais partagé pareille expérience. La salle vide, les rideaux sales et l'odeur putride qui y règnaient auraient du me mettre la puce à l'oreille. Sans cela, le patron/serveur/cuisinier à l'aspect peu ragoûtant m'auraient alerté. Cependant, nous nous êtions déjà engagé à l'intérieur du restaurant, dont les portes auraient du se fermer dans un grincement, en adéquation avec ce que nous allions trouver.

C'est lorsque je tentais d'ajuster mes lunettes que je remarquai que le bras, que je souhaitais soulever, était toujours fixé à la table. La saleté l'y tenait collé, ce qui m'arracha un cri de surprise. Le serveur arriva alors, vêtu d'un polo millénaire, constellé de taches verdâtres, et dont les traits rappelaient un bouledogue après un lifting bon marché.

Courageux, je lui commandai un tom yam kung et un som tam aux crevettes, non sans répéter chacun de mes mots, nos accents étant visiblement en opposition de phase. Quelques minutes après, il déposa un bol d'eau pimentée où surnageaient trois champignons et deux crevettes qui me rappelait plus une flaque d'eau croupie qu'une soupe.

Je m'abandonnais dans ma contemplation de ce plat lorsqu'un mouvement subreptice attira mon regard. Sur le comptoir qui avait soutenu un instant plus tôt mon bol se trouvait un délicieux cafard, les antennes alertes. Il ne nous fallu pas longtemps pour constater que les tables autour de nous étaient devenues le terrain de jeu de ces blattoptères, dont la principale activité semblait de déambuler autour de nous, avec la nonchalance d'un croquemort un soir de canicule.

Je me détournai de mon ersatz de soupe quand le plat principal arriva : la fameuse salade de papaye, célèbre pour sa fraîcheur et la subtilité de ses arômes. Au lieu de quoi, je fis face à un monticule de légumes fatigués et à l'odeur douteuse. Autour de nous gravitaient les cancrelats.

Mon estomac se crispait à leur vue et je ne parvenais pas avaler cette nourriture qui me dégoûtait de plus en plus. Même l'eau avait une saveur rance. Je rendis les armes et poussai l'assiette loin de moi, tandis que mes collègues sombraient dans une paranoïa sourde.

"Too spicy?" me demanda le serveur en observant mon assiette pleine. C'est alors qu'un mécanisme induit par des années d'éducation se mit en marche. Malgré les vexations de la journée, la frustration d'un repas immonde et la fatigue, je me vis répondre d'un ton gêné que je n'avais simplement plus faim. Était-ce la pitié pour le serveur ? Je ne fis aucun autre commentaire. Le Surmoi avait encore frappé.

J'ai quitté le restaurant, furieux contre moi-même. La conscience de soi avait un goût étrange ce jour-là.

Sunday, July 26, 2009

Identité


Depuis quelques temps, j'ai à découdre avec deux postulations qui gravitent autour de la notion d'identité. Ce questionnement reste généralement en toile de fond de mes préoccupations, jusqu'à ce qu'une lecture, un accrochage ou un certain désespoir le laisse inonder mon esprit.

La récente tension d'avec Fitz aura contribué à la dissipation de l'idéal dont je le drapais ; sa dernière mesquinerie aura changé son piédestal en roche tarpéienne. De cette chute, au début estompée par la colère, demeure un sentiment accru de solitude, propice au doute.

Ma sensibilité, mes lectures, mes inclinations, chacun de ces traits m'éloigne de la foule, me cantonnant au vernaculaire dès lors que je me trouve en présence de mes pairs. J'évite le piège de la supériorité ; le moindre khâgneux suffisamment sérieux aurait probablement le dessus sur moi. Cependant le milieu professionnel auquel je m'abandonne est d'une stérilité rare en matière de culture et Google Reader vaut la plus riche des bibliothèques. Au royaume des aveugles...

Les appâts de la chair pourtant me portent moins à l'ostracisme que la difficulté que j'ai à aborder les sujets qui m'intéressent. Il s'agit ici d'un rapport particulier à la culture et à l'absolu : la barrière pourrait se révéler tout autre, le monde étant - hélas - particulièrement bien fourni en individus qui se considèrent uniques. La notion d'invidualité semble omniprésente, à des degrés différents selon les individus.

C'est de cette dernière constatation que s'est instillé le doute sur mon originalité et la nécessité d'aborder l'existence avec le retrait qui est le mien. Je sens que la distance est une solution plus aisée car elle s'appuie sur une impression de confort et de protection quant à autrui. La peur du Monde se serait avéré un argument suffisant si la conscience de mes contemporains ne m'en détournait. Je ne désespère de trouver, non pas un alter ego, mais quelqu'un qui saura avoir le respect et la compréhension de qui je suis, sans pour autant développer une répulsion qui m'a par trop blessé. Plus largement, la conscience de l'unicité innée de chaque individu permet un regard plus apaisé sur ce qui m'entoure.

Le pas vers un paradigme plus global est un changement très fort, que je peine à franchir. L'acceptation de la valeur de l'autre, quelque soit son milieu social, sa culture ou son intelligence, induit l'acceptation de nos faiblesses respectives. Il est évidemment plus facile de flatter son ego et dissimuler ses lâchetés que de se confronter à autrui dans toute sa différence.

J'ai l'ambition de poursuivre ce chemin, sachant que la chute n'est jamais bien loin. Une fois de plus, je cherche ce fil à l'ombre de ma solitude, avec l'espoir de véritablement changer.

Tuesday, July 21, 2009

Humeur du jour


Edit : Un article posté hier soir et rapidement retiré. C'est cependant un exemple intéressant d'écriture automatique. Cette nuit-là, j'étais tellement alcoolisé que je ne me souviens aucunement de ces mots. La maladresse stylistique accentue les états d'âme que je traversais alors. J'en assume la faiblesse.

Sans savoir pourquoi, une vague de mélancolie m'envahit. Il est des instants où ma sensibilité se révèle plus affutée qu'habituellement, la tristesse submerge ma conscience et je ne deviens que douleur.

L'isolement se révèle un poids particulièrement difficile, face au conformisme ambiant. La naïveté se drappe de bonnes intentions alors que la lucidité s'éblouit devant l'intelligence mort-née. L'esthétique immanente pousse au sublime la déchéance de nos vies, alanguies sous le peut-être, déchirées sous le ressenti.

Notre époque se veut explicite, les sentiments se doivent d'évoluer au grand jour. Le joug de la transparence mute en un extrémisme du plus mauvais effet. Consensuel équivoque, esthétique de l'ambiguïté. La vérité devient nôtre quand les mauvais vers s'avèrent dépassés. Je n'aspire qu'à un absolu, l'affection pure pour tes bras, ultime réceptacle à ma mélancolie.

Depuis, la distance entre nous a constitué ce gouffre qui me sépare de la bonhommie quotidienne, la foule immense des gens qui n'ont rien à dire. La sagesse reste une gageure et son prix, tu l'as soldé. Désormais, l'on se noie dans la banalité du sentiment explicite, qui relativise l'apport artistique de chacun.

La douleur pure, qui suinte de mes pores, ne peut qu'évoquer ton absence infamante. Durant huit ans, j'ai bâti mon existence sur le sable de ta présence. Depuis son retrait, l'éclipse de nos échanges est à la hauteur de ta distance : l'inaccessible cime qui annonce le déclin, les affres de Roncevaux, un sommet aux reflets de mort, l'extinction de tout espoir.

J'ai gommé tout possible, je me résigne à ton absence. Le monde semble bien atone car tu n'es plus là. Tu rejoins la foule innombrable, celle des imbéciles qui sont nés quelque part. L'espace d'un instant, j'ai voulu croire à ton existence à mes côtés, ton égoïsme a noyé mes velléités d'absolu. Le monde est devenu moche, souillé par ton pragmatisme.

Sans doute vaut-il mieux que tu m'oublies, toi dont les observations naïves m'émouvront toujours, aspiration humaine vers ces cimes que nous n'atteindrons que seuls.

Monday, July 20, 2009

Réaliser la solitude en soi

Extrait de monsieur Godeau marié, de Jouhandeau.

Réaliser la solitude en soi. Être seul partout et avec tout le monde. Ne plus prendre garde à la maison, au cadre, à la table, au siège, être partout nulle part dans l'infini. Ne plus prendre garde à la minute, ni à l'heure, ni au jour, ni à l'année, ni au siècle. Se retirer du temps dans l'éternité, comme dans sa propre demeure. Couper les ponts, établir des barrages, brûler les vaisseaux. Ni amis ni ennemis. Rien.

Sunday, July 19, 2009

Rubber Johnny

Une première découverte du travail de Chris Cunningham. Durant six minutes, je partageais l'esprit torturé d'un enfant cloîtré dans une cave. J'ai apprécié.



Sunday, July 12, 2009

Faim


Tête lourde, yeux rouges et hypersensibilité sensorielle, les symptômes sont classiques. Le corps semble une enveloppe que l'on ôte, ultime lien avec la réalité. En face, le soleil ruissèle sur les cheminées, à l'heure où le crépuscule résonne avec l'extinction de ma conscience. Je ne suis que perception.

En parallèle croît une faim sans compromis, obnubilante, qui capte chaque faisceau de mon esprit. En écho, une violence sourde en devient l'adjuvant afin de servir ce qui semble une nécessité vitale. Sans attendre, de la même manière que je broierai mon poing contre un mur, j'inflige à mon estomac la charge d'un repas gargantuesque, en prenant soin de consommer de fastes mets. De la première à la dernière bouchée, j'éprouve les déchirements d'un corps que je n'aime pas, comme si je saupoudrais de sable une mécanique à achever. La souffrance dessine une aura autour de moi, alors que je poursuis ma mutation en fosse à nourriture. Rien n'a d'importance que de me maltraiter, les couteaux ont des reflets tentants. Manger se révèle destructeur, je m'éclabousse de répulsion, du genre de celle que d'autres ont pour moi.

Un fois rasséréné, le trop-plein laisse la place à la vacuité. Je me sens sale, souillé par ce que je viens de faire. J'ai atteint un tel niveau de gavage que mon corps refuse cette intrusion et entreprend de rejeter ce qui l'étouffe. Une partie de la nuit sera consacrée à lutter contre l'envie de vomir, augmentant le dégoût de soi. Rien n'est plus avilisssant en effet que de se retrouver, en pleine nuit, autour de la porcelaine de ses sanitaires à régurgiter.

Il y a dans ce gouffre l'expression d'une peur de basculer dans un certain vagabondage, retrouvailles de mon errance physique et intellectuelles. A des périodes de ma vie, j'ai craint de voir ma santé mentale marginale me conduire aux portes de la clochardisation. C'est une faille qui donne une lumière autre sur ces comportements. Je ne renie pourtant aucun de ces traits, consubstantiels à la liberté vers laquelle je me tends.