
Tête lourde, yeux rouges et hypersensibilité sensorielle, les symptômes sont classiques. Le corps semble une enveloppe que l'on ôte, ultime lien avec la réalité. En face, le soleil ruissèle sur les cheminées, à l'heure où le crépuscule résonne avec l'extinction de ma conscience. Je ne suis que perception.
En parallèle croît une faim sans compromis, obnubilante, qui capte chaque faisceau de mon esprit. En écho, une violence sourde en devient l'adjuvant afin de servir ce qui semble une nécessité vitale. Sans attendre, de la même manière que je broierai mon poing contre un mur, j'inflige à mon estomac la charge d'un repas gargantuesque, en prenant soin de consommer de fastes mets. De la première à la dernière bouchée, j'éprouve les déchirements d'un corps que je n'aime pas, comme si je saupoudrais de sable une mécanique à achever. La souffrance dessine une aura autour de moi, alors que je poursuis ma mutation en fosse à nourriture. Rien n'a d'importance que de me maltraiter, les couteaux ont des reflets tentants. Manger se révèle destructeur, je m'éclabousse de répulsion, du genre de celle que d'autres ont pour moi.
Un fois rasséréné, le trop-plein laisse la place à la vacuité. Je me sens sale, souillé par ce que je viens de faire. J'ai atteint un tel niveau de gavage que mon corps refuse cette intrusion et entreprend de rejeter ce qui l'étouffe. Une partie de la nuit sera consacrée à lutter contre l'envie de vomir, augmentant le dégoût de soi. Rien n'est plus avilisssant en effet que de se retrouver, en pleine nuit, autour de la porcelaine de ses sanitaires à régurgiter.
Il y a dans ce gouffre l'expression d'une peur de basculer dans un certain vagabondage, retrouvailles de mon errance physique et intellectuelles. A des périodes de ma vie, j'ai craint de voir ma santé mentale marginale me conduire aux portes de la clochardisation. C'est une faille qui donne une lumière autre sur ces comportements. Je ne renie pourtant aucun de ces traits, consubstantiels à la liberté vers laquelle je me tends.





